mai 30, 2024

L’opinion s’insurge contre le fait que, malgré qu’il soit fait passer pour l’un des meilleurs ministres de l’histoire du pays, le ministre des Finances n’arrive pas à payer les salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat pourtant le premier trimestre avait été entièrement liquidé par le Ministre d’Etat, Ministre du Budget.

Cette situation occasionne de graves perturbations socioéconomiques et freine la relance de l’économie nationale après une période électorale tendue. Pour y répondre, l’argument principal de l’argentier est d’expliquer qu’il y a une mauvaise maitrise de la masse salariale, bref, il renvoie la balle au ministre du budget. Lorsqu’il eut des questionnements sur des doubles paiements, le ministre des finances avait, à l’époque, renvoyé la balle au ministre du budget.

Même logique lorsqu’il s’agit de paiements douteux comme ceux en faveur de AIRIS, du BCECO, Consortium Stever Construct-Sotrad Water, Solektra, etc., qui ne passent pas par la chaîne de la dépense. En effet, lorsque l’on questionne l’argentier national sur le pourquoi des paiements sans passer par le ministère du budget, il pointe du doigt son collègue comme étant incapable d’envoyer des dossiers bien contrôlés, d’où sa préférence à exercer lui-même le contrôle budgétaire de certains dossiers et de juger de leur opportunité. Mais qu’en est-il exactement ? Faut-il croire que le ministre en charge du budget est si incompétent que ça ? Si c’est le cas, faudrait-il qu’il soit reconduit ?
Selon notre enquête, de sérieuses failles ont pu être observées dans le chef du ministre du budget. Celles-ci ont pu être observées depuis plusieurs mois et sont, semble-t-il, liés à son incapacité à décider et à son manque grossier d’organisation.

Nous étions d’autant plus surpris car de l’extérieur, il est fortement perçu comme un homme rigoureux et organisé.
D’abord, au sein de l’administration du Ministère que dans son Cabinet, l’on parle d’un Ministre qui a du mal à décider.

A titre d’exemple, jusqu’à ce jour, le ministre du Budget n’a jamais signé un Arrêté nommant les membres de son Cabinet. Une collaboratrice du vice-ministre du budget qui a requis l’anonymat exprime son inquiétude : « Nous sommes ici depuis plus de trois ans et aucun Arrêté, il y avait des conseillers ici qui étaient là, et personne ne savait de quoi ils étaient responsables et nous, nous allons quitter et nous ne savons pas qui aura les indemnités de sortie ! » (ndlr : traduction du lingala).

Au niveau de l’administration, les mises en place se font dans la plus grande opacité. Généralement, les conseillers du Cabinet n’en sont même pas informés. D’où, il y a lieu de s’interroger : qui protège la signature du Ministre ?! De plus, à la suite de la nomination de membres de famille et autres proches au sein de l’administration, il semblerait que le ministre aurait mis une forte de pression sur le Secrétaire Général afin qu’il notifie les heureux nommés en contradiction avec les mesures décidées par le Président de la République sur le mouvement de personnel.

Sur le plan de la technicité, les choses seraient encore plus graves ! Plusieurs administratifs dénoncent la gestion des dossiers du Ministre Boji. Ils disent sans peur d’être contredit que la plupart des dossiers importants ne sont même pas traités au Cabinet mais plutôt sous-traités à la Cellule d’Orientation des Réformes des Finances Publiques (COREF) qui est sous la tutelle du ministères des Finances. D’ailleurs, ils font état du fait que certaines décisions majeures ont été prises au détriment du Ministère du Budget tout simplement par l’aveuglement et le manque de confiance du Ministre vis-à-vis de l’administration et de ses collaborateurs.

Néanmoins, cette image contraste beaucoup avec les résultats que le ministre a pu obtenir. En effet, depuis son avènement, les projets de loi de finances sont déposés dans les délais au Parlement or ça n’avait jamais été le cas sous d’autres ministres pourtant réputés bosseurs.

D’autres parleront du lancement du système informatisé de gestion des marchés Publics (SYGMAP) en août 2022, une réforme supposée être capitale car elle prévoit de mettre en place un nouveau logiciel des marchés publics qui permettrait d’autoriser l’ensemble des procédures de passation des marchés ce qui garantirait la réduction des délais de traitement des dossiers et aussi d’en assurer la traçabilité.

Bref, un chantier important pour le Doing Business en RDC.
Lorsque l’on interroge certains experts du Cabinet du Ministère du Budget, ils ajoutent le relèvement du salaire de certaines catégories professionnelles de la Fonction publique ainsi que de celui des soldats et policiers. Bref, il aurait contribué à une certaine cohésion sociale. Aussi, d’autres chantiers ont été entamés, notamment sur le Budget-programme et le programme avec le FMI dans lequel le Ministère du Budget apporterait plus de crédibilité que le ministre des Finances irrespectueux des textes et des avis du FMI, notamment sur les paiements en procédures d’urgence.

Un autre contraste avec ce qui est généralement entendu est la question de son organisation. Pendant une enquête au Ministère des Finances, l’on nous a fait observé que les experts du Budget viennent régulièrement aux réunions préparés et avancent des arguments qui pourraient corriger les gaffes du ministre des Finances parfois mal conseillé par le CTR ou d’autres conseillers en mal de positionnement. Alors qu’ils arrivent à s’imposer sur le plan technique, il suffirait d’un appel au ministre du budget pour que tout leur argumentaire tombe à l’eau. Ceci démontre qu’il y a soit un problème de confiance vis-à-vis de la technicité de ses collaborateurs ou tout simplement que le ministre n’est pas en mesure de tenir tête au ministre des Finances.

Ce manque de vertèbres est constaté dans la gestion des dépenses publiques, notamment la chaine de la dépense qui est, d’une part, outrepassé par le ministre des Finances qui procède au paiement des dossiers que lui considère comme étant viable ou bancable ou encore juteux à ses yeux sans tenir compte des dispositions de la Loi relatives aux finances publiques. Seuls les dossiers de fonctionnement ou de rémunération émanant du Ministère du Budget sont payés. Alors que la Banque Centrale du Congo ne devrait payer que les dossiers ayant été approuvés par le Ministère du Budget, le ministre des Finances s’impose sans déranger Monsieur Boji.

Pareil en ce qui concerne la présence de l’Inspection Générale des Finances qui fait un contrôle à priori concomitant avec le contrôleur général du budget (à savoir le ministre du Budget) mais dont les avis priment sur ceux de ce dernier. Sur ce point encore, le ministre du Budget reste muet. Peut-être n’ayant pas les soutiens politiques, il préfère ne pas faire trop l’émule de son collègue des finances.

La question que la Première ministre devrait se poser c’est : peut-elle se permettre d’avoir un ministre du Budget invertébré si en face d’elle, elle a un ministre des Finances insoucieux des règles budgétaires, irrespectueux des Lois des Finances, indiscipliné et insubordonné ? Bien au contraire, il lui faudra un ministre du Budget capable de prendre le leadership sur les questions des finances publiques afin de l’épauler dans les réformes qu’elle voudra mettre en place sans être gêné par un ministre des Finances ambitieux qui se voit déjà probablement dauphin en 2028, légitime ou pas.

Tout ceci nous a paru bizarre car le ministre d’état traine derrière quelques pépites que l’on a vu brillé dans les cabinets ministériels. Malheureusement, sans raison logique, les personnes qui ont des responsabilités dans des secteurs très sensibles sont loin d’avoir l’expérience ni la compétence nécessaire pour occuper certaines responsabilités dans des cabinets ministériels régaliens. C’est ce manque de rigueur qui pourrait expliquer quelques failles observées. Le ministre ne semble pas savoir organiser ses troupes. C’est ce que confirme des membres du cabinet qui affirme que s’il ne s’agissait pas d’un petit groupe de conseillers, il n’y aurait rien comme bilan ici. Pourtant, ces mêmes membres de Cabinet ne sont pas en mesure de nous dire quelles sont les rôles de ces conseillers en question !

Peut-être est-ce dû à la déconnection observée ? Quand vous êtes au Cabinet du ministre du Budget, c’est deux mondes. D’un côté, un coin qui ressemble à un marché populaire et de l’autre, un espace un peu plus calme qui ne semble pas être connecté au reste de la réalité du Cabinet. Durant nos enquêtes, nous avons pu voir et entendre ces scènes chaotiques assis dans la grande salle avec les autres visiteurs.
Ce manque de rigueur dans la gestion du personnel est autant observé dans l’administration. Même s’il est de coutume d’être imposé un directeur ou un chef de division ici et là, il n’est pas normal qu’à des directions stratégiques, l’on puisse continuer de maintenir des technico-incapables.

Pire, lorsque certains des directeurs sont accusés de pratiques qui feraient fondre en larmes la Première Dame et la Première Ministre. Les accusations portées contre le Secrétaire Général au Budget auraient dû faire sourciller le ministre Boji mais il en rigole en bonne complicité pendant que l’honneur de plusieurs femmes est quotidiennement atteint.

La Première ministre devra être aux aguets ! Surtout si le ministre n’est pas dans la même logique et vision qu’elle ! C’est une dame dynamique qui mise sur le rajeunissement tandis que le ministre Boji est un homme lourd qui mise sur des vieux sexagénaire et septuagénaire pendant que dans plusieurs cabinets ministères la direction a vu des jeunes compétents à qui l’on a fait confiance! Ceci a été fort remarquable au Plan, aux ITPR, à l’Economie, à la Santé publique, au Commerce extérieur, etc. et même dans des entreprises publiques où le Président de la République a nommé des jeunes. Qu’est ce qui explique qu’au Budget ce soit différent alors qu’il y regorge quelques compétences ?
Commente expliquer qu’un ministre supposé être réformateur ait comme politique le népotisme ?

Ses oncles, frères et cousins occupent des postes importants et parfois bloquent des dossiers pourtant commandés par le Président de la République lui-même ! Ils sont même accusés d’insubordination face à un vice-ministre agacé par son titulaire qui n’agit jamais. D’autres postes sont occupées par des belles-sœurs invertébrées.

Les personnes averties savent que le Ministère du Budget est une bombe à retardement avec Boji. Malgré sa brillance personnelle, ce n’est pas un meneur d’homme ni une personne organisée. Or, dans un Ministère régalien, il faut de la discipline, de la rigueur, du leadership et surtout savoir s’entourer et réellement mettre à profit les femmes et les hommes qui vous entoure.

A cette allure, une gaffe monumentale n’est pas loin d’arriver. Faut-il attendre le nouveau gouvernement pour que cela vienne entacher l’action du Gouvernement Suminwa ?

En réalité, le profil du ministre Boji laisse perplexe car on ne sait pas à quoi s’attendre. La Première ministre devra s’assurer de bien questionner autour de l’individu car il n’est pas normal que toutes les compétences autour de lui cherchent à le quitter, tantôt au parlement, tantôt dans d’autres cabinets, tantôt aux gouvernorats, tantôt à l’international. Il y a anguille sous roche.
Certes, le ministre Boji est une perle et tous comprennent pourquoi les proches de Kamerhe ont en peur mais la RDC est fatiguée du potentiel des hommes, elle attend de l’action, du renouveau, du management, de la jeunesse et de la force. Est-ce que le ministre Boji en a ? En vaut-il la peine ?

DENIS NUMBI

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